Du 19 au 25 octobre, place à la Semaine de sensibilisation à la santé spirituelle

19 octobre 2025

Dans une quête de santé spirituelle, quel est l’outil commun entre l’intervenant en soins spirituels et la personne accompagnée, qu’il s’agisse d’un usager ou d’une personne hébergée? Les mots.

Pour l’intervenant, les mots creusent, guident, inspirent, apaisent.

Pour la personne accompagnée, ils sont porteurs de sens, permettent de partager son histoire et son ressenti, avec émotion et intériorité.

Pour mieux saisir ce qu’est la santé spirituelle et le rôle de l’intervenant en soins spirituels, laissons place à leurs mots.

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Gaétan Daoust

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Mélanie Cheff

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Henry Rodriguez

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Jean Bennyld Muaka

 

Les mots de Gaétan Daoust, intervenant en soins spirituels

Comment décrivez-vous la santé spirituelle et son importance?

Chaque personne est habitée d’une histoire de vie, d’expériences qui lui ont donné un sens, d’un système de valeur, d’une identité propre, d’un réseau de relations, d’activités qui ont marqué les moments forts de sa vie. Les besoins physiques comme les besoins spirituels forment un tout chez la personne puisque nous sommes à la fois corps et esprit. Lorsqu’une personne entre dans un centre d’hébergement de longue durée, elle risque de perdre certains repères, puisqu’elle est retirée de son milieu de vie. Un accompagnement à la vie spirituelle est là pour aider la personne à exprimer les deuils qu’elle vit face aux changements parfois brutaux de sa condition, à reprendre contact avec ses forces, ses ressources intérieures qui sont susceptibles de l’aider dans ces changements. Il est heureux et presque indispensable que le système de santé fasse bénéficier aux personnes en perte d’autonomie multiple un service qui touche l’être profond. C’est ainsi qu’on peut parler de santé globale.

Comment contribuez-vous à la santé spirituelle des usagers et des personnes hébergées?

Les choses de l’esprit sont une composante de l’humain. La spiritualité chez celui-ci est quelque chose d’immense qui le définit. Lorsqu’une personne vit un changement d’humeur, une perte d’appétit, une situation bouleversante, l’annonce d’une nouvelle qui ébranle, entraînant un état anxieux, colérique ou de tristesse, l’intervenant en soins spirituels aide la personne à s’exprimer. Il offre une présence aimante et sécurisante. L’intervenant en soins spirituels est là pour aider la personne à trouver ou à retrouver son équilibre intérieur. Il lui propose de jeter un second regard sur sa situation. En se racontant, la personne peut se voir et trouver de nouveaux mots pour dire sa réalité. Elle peut prendre conscience de ses désirs profonds et identifier ce qui pourrait constituer ses résistances et aussi révéler ses forces intérieures. Ainsi, l’intervenant en soins spirituels aide la personne à être serein et en paix avec elle-même dans toutes les sphères de sa vie spirituelle.

Les mots de Mélanie Cheff, intervenante en soins spirituels

Comment décrivez-vous la santé spirituelle et son importance?

La santé spirituelle vise à atteindre le plein épanouissement de son être intérieur qui consiste à trouver un sens à sa vie, un but à son existence et une connexion à quelque chose ou quelqu’un de plus grand que soi. C’est non seulement un sentiment de connexion avec soi-même, mais aussi avec les autres et avec une transcendance (de soi ou de Dieu). Bien souvent associée à la religion, la spiritualité peut être distincte de celle-ci. Certains puisent leur force au contact de la nature (ex. : lors d’une marche en forêt, grâce au contact avec la terre ou l’eau par le biais du jardinage ou du kayak, etc.), dans un être supérieur (Dieu ou une divinité), dans les rituels (religieux ou non religieux), la méditation (la prière, le yoga, la pleine conscience, etc.). Chacun est invité à faire preuve d’introspection et se mettre en contact avec son essence afin d’y trouver la paix, le bien-être et la force nécessaire pour se mettre en marche sur les sentiers parfois tumultueux de la vie.

Comment contribuez-vous à la santé spirituelle des usagers et des personnes hébergées?

Je considère mon rôle à l’image du compagnon de route. Celui qui marche aux côtés et qui est témoin des moments de remise en question, des combats intérieurs, des prises de conscience et de la finitude à venir. Mon rôle consiste à amener l’usager (et ses proches) à se découvrir lui-même, à prendre conscience de son potentiel de guérison intérieur pour ainsi favoriser son cheminement et la recherche de solution à la lumière de ses expériences personnelles. Le but de l’exercice est d’en arriver à une plus grande paix, malgré les épreuves. Pour ma part, l’accompagnement spirituel m’apporte une gratification de vivre des relations riches et uniques avec des personnes confrontées à la souffrance ou arrivée à la fin de leur vie. Cela exige un travail sur soi pour ne pas être un obstacle au cheminement de l’autre. D’avoir l’humilité de reconnaître la pluralité des vérités et de célébrer ensemble la beauté de notre humanité commune. C’est un chemin à prendre et à revisiter chaque fois.

Les mots d’Henry Rodriguez, intervenant en soins spirituels

La santé… Quelle richesse ! Et qui n’aime pas être en santé? 

Et, quand je parle de santé, je ne parle pas seulement de la santé physique, je parle aussi de la santé mentale et de la santé spirituelle.

Vous pouvez remarquer que, lorsque notre santé physique ne va pas bien, notre santé spirituelle est aussi souvent affectée. L’être humain est une unité de corps et d’esprit. Comme personne et comme intervenant en soins spirituel, je constate que, quand une personne est confrontée par la fragilité et la vulnérabilité, sa dimension spirituelle est aussi entachée : perte de sens, découragement, confrontation de valeurs et de croyances, questionnements existentiels, image de soi, remise en question de qui elle est, besoin de paix, besoin de bien-être, besoin d’être écouté, compris et accompagné.

Dans mon rôle d’intervenant en soins spirituels je cherche à aider la personne à : retrouver son bien-être intérieur malgré les changements significatifs dans sa vie, retrouver la confiance et l’espérance, compter sur ses ressources personnelles, porter un regard positif sur l’expérience traversée, soulager les souffrances intérieures, prendre des décisions qui mènent la personne vers la paix et un sentiment d’accomplissement. 

La santé spirituelle est le moteur qui mène la personne à bon port.

Les mots de Jean Bennyld Muaka, intervenant en soins spirituels

Les intervenants en soins spirituels : une médecine de l’âme

Il y a quelques années, à titre de projet pilote, un hôpital en Suisse a décidé d’intégrer des intervenants en soins spirituels au même titre que les psychologues, les travailleurs sociaux et d’autres professionnels de la santé. Résultat? Les patients se sont sentis mieux accompagnés, les familles étaient plus sereines, et les soignants ressentaient moins de détresse émotionnelle. 

En effet, les intervenants en soins spirituels sont les médiateurs de l’humanité dans le soin : ils rétablissent l’équilibre entre le corps et l’âme, et rappellent que soigner, c’est aussi écouter. Ils offrent un espace où la douleur n’est pas qu’un symptôme, mais une expérience à traverser.

Ce modèle d’intervention et d’accompagnement des usagers, de leurs proches et du personnel soignant est en train de prouver que l’avenir des soins passe par la reconnexion à l’humain : « Le soin technique maintient en vie, mais le soin humain redonne l’envie de vivre. »

Remettre le cœur au centre du soin

Les intervenants en soins spirituels ne viennent pas pour ajouter des mots aux diagnostics. Ils ne sont pas là pour donner des réponses toutes faites. Ils sont là pour ramener du cœur dans un système qui devient trop mécanique. Nous croyons fortement que la prise en charge future des patients ne sera pas seulement technologique : elle sera humaine, ou elle ne sera rien du tout. Et, dans cette révolution silencieuse, les intervenants en soins spirituels seront les gardiens de l’essentiel.

Vers une reconnaissance globale des bienfaits des soins spirituels

Les impacts positifs des soins spirituels ne sont plus seulement perçus comme des expériences subjectives, mais sont validés scientifiquement : réduction du stress, meilleure acceptation de la maladie et sentiment de paix intérieure auprès des patients, meilleure gestion du deuil, réduction des regrets et apaisement des tensions familiales auprès des familles, réduction d’un épuisement professionnel, augmentation du sens du travail et prévention de la fatigue émotionnelle chez les soignants.

Les études montrent que les soins spirituels ne remplacent pas la médecine, mais qu’ils sont un complément essentiel à la prise en charge globale des patients.

Une médecine plus humaine, un soin plus complet

Loin d’être une approche marginale, les soins spirituels sont un facteur clé du bien-être. Ils rappellent que l’humain ne se réduit pas à son corps, mais qu’il a aussi besoin de paix intérieure, de réconciliation et de sens. 

Ainsi dits, pour le patient, ils apportent un apaisement que la médecine seule ne peut offrir; pour la famille, ils allègent la charge émotionnelle et permettent une meilleure gestion du deuil; et pour le personnel soignant, ils redonnent du sens à la vocation de soigner.

L’intégration des soins spirituels dans les milieux de santé n’est plus une option : c’est une nécessité pour une médecine véritablement humaine.


Direction des services multidisciplinaires, de la recherche et de l'enseignement universitaire (DSMREU)

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